« Ta magnificence est descendue dans le séjour des morts, avec le son de tes harpes ; sous toi est une couche de vers, et les vers sont ta couverture. Tous prendront la parole pour te dire : “Toi aussi, tu es sans force comme nous, tu es devenu semblable à nous. »
Ésaïe 14.10–11
Ce n’est qu’un homme (I)
Nous sommes sans doute familiers avec Adolf Hitler et nous nous accordons à dire qu’il y a peu d’hommes qui, comme lui, ont si bien incarné le mal absolu. Nous connaissons moins bien Adolf Eichmann, un haut fonctionnaire nazi, l’un des principaux organisateurs de la « solution finale », c’est-à-dire l’extermination systématique des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Après la guerre, Adolf Eichmann s’enfuit en Argentine, où il vivra sous une fausse identité pendant plus de 10 ans. En 1960, il est capturé par le Mossad (services secrets israéliens) et amené en Israël. Son procès en 1961 à Jérusalem a eu un retentissement mondial. Il a été reconnu coupable de crimes contre l’humanité et exécuté en 1962. Quand il est apparu au monde sur le banc des accusés, cet ancien bureaucrate diplômé avait l’air si banal qu’il a provoqué une onde de choc, au point où une philosophe, Hannah Arendt, a écrit : « Le plus inquiétant chez Eichmann, c’était précisément qu’il n’était pas inquiétant. » « On s’attendait à voir un monstre, mais ce n’est qu’un homme », ajoute la voix off narrative d’un documentaire vidéo au sujet de cette autre triste figure de l’histoire.
Qu’il s’agisse de ce responsable nazi, de son commandant en chef ou de tout autre personne de leur acabit, on s’attendrait parfois à voir quelque chose d’inhumain, de diabolique dans leurs apparences. Leurs actions semblent d’une telle méchanceté qu’on s’imagine avoir littéralement affaire à des démons ayant pris corps. Un prédicateur a pourtant dit qu’ils n’étaient pas des « phénomènes de la nature ». Ils étaient tout simplement ce que nous sommes naturellement susceptibles de devenir. Même s’il y a une gradation dans le mal, celui-ci est plus banal qu’on ne le croit.
L’histoire de l’humanité est particulièrement sanglante. Encore au XXIᵉ siècle, elle reste jalonnée de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité, de crimes racistes, de génocides, de faits de terrorisme, de massacres et de meurtres ordinaires. Dans le cadre de notre quotidien, nous sommes témoins et parfois victimes de violences physiques et verbales. Nous comprenons bien que sans loi, sans éducation et sans conscience morale, l’expression “l’homme est un loup pour l’homme” ne serait pas qu’une image, mais une réalité effrayante. Nous ne qualifions pas autrement que par la méchanceté, les coups en traître, les paroles assassines, les cruelles déceptions amoureuses, la concurrence déloyale en affaires, les boniments d’escroc, les regards durs et méprisants voire haineux. Jésus a dit : « Vous avez entendu qu’il a été dit aux anciens : Tu ne tueras point ; celui qui tuera mérite d’être puni par les juges. Quiconque se met en colère contre son frère mérite d’être puni par les juges ; que celui qui dira à son frère : “Raca !” mérite d’être puni par le sanhédrin ; et que celui qui lui dira : “Insensé !” mérite d’être puni par le feu de la géhenne. » (Matthieu 5.21-22).
Avouons-le : ce ne sont pas que les autres qui entrent dans ce tableau. Nous sentons en nous-mêmes qu’ils n’ont pas le monopole de la méchanceté, parce que nous ne sommes pas en reste. Quand nous nous laissons emporter, nous sommes parfois surpris, après coup, de constater jusqu’où nous avons pu aller. Notre texte de référence nous parle, de prime abord, d’un illustre personnage, présenté comme un homme puissant, orgueilleux et dominateur – sans doute le roi de Babylone – mais qui finit humilié dans le séjour des morts. Il ne s’agit, en fin de compte, que d’un homme, tout comme ces puissants qui nous paraissent inaccessibles et que nous croyons si différents de nous parce qu’ils sont élevés en autorité et en dignité. À travers le prophète Ésaïe, Dieu nous fait remarquer qu’au fond, par leur nature, leur condition humaine et leur destinée, ces hommes ne sont pas si différents de nous. Nous portons en nous le même potentiel de mal, la même capacité de nuire – et la mort demeure notre issue commune. Faut-il désespérer de nous ? des hommes ? de la méchanceté humaine ? De la mort ? Non, car au sein même de ce tableau sombre, Dieu veut et peut faire jaillir l’espoir. « Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu une grande lumière, et sur ceux qui habitaient dans le pays et l’ombre de la mort, une lumière s’est levée. » (Matthieu 4.16).
Nous pouvons être particulièrement méchants quand nous le voulons et que de fois notre volonté a été au service du mal. Adolf Eichmann disait qu’il n’était qu’un exécutant. Même s’il y a pire que nous, toi et moi ne devons pas prendre une telle posture, car chacun affrontera seul la mort et rendra compte pour lui-même. Regarde plutôt avec moi du côté de cette lumière, cette grande lumière qui s’est levée dans les ténèbres et qui seule peut les dissiper : le Christ Jésus.
Sois abondamment béni(e) !
Lundi, 26 mai 2025 — Freddy S.

