« Ceins tes reins comme un vaillant homme ; je t’interrogerai, et tu m’instruiras. »

Job 38.3

Imaginez vous que votre enseignant ou votre patron, professionnel chevronné, rompu à votre tâche et auréolé de longues années d’expérience, vienne à vous et vous dise : « Monsieur, Madame … vous avez l’air d’en savoir un peu plus que moi sur ma façon d’enseigner ou de diriger et vous ne vous gênez pas pour le faire savoir à qui veut l’entendre…alors je vais prendre mon stylo et mon bloc-notes. Je vais m’asseoir et c’est vous qui allez nous instruire sur ce qu’il y’a à savoir ou à faire…vous êtes prêt(e) ? ». Vous savez sans nul doute que vous êtes dans le pétrin. Si vous avez eu la langue un peu trop acérée pour prétendre que vous valez mieux que votre supérieur, assurément vous aurez tôt fait de le regretter. C’est ce que Job a ressenti lorsque Dieu s’est adressé à lui dans les termes de notre texte de référence. On pourrait reformuler de la manière suivante : « mon bonhomme puisque tu es si futé et que tu as du cran, ne t’arrêtes pas en si bon chemin. Montre-moi ce que tu as dans le ventre. Montre-moi que tu en as la dedans. C’est le moment de régler les comptes et de mettre les points sur les i. Tiens-toi prêt ! On va commencer avec quelques questions et tu vas y répondre ! Tu as intérêt à me surprendre Monsieur je sais tout ! ». Vous l’avez compris Dieu fait de l’ironie et ça n’a rien de drôle. 

Job, avant ce tête-à-tête déconcertant, avait été durement éprouvé comme peu d’hommes l’ont été et comme beaucoup d’autres ne le seront jamais. Il venait de perdre fortune, enfants, et santé, dans une succession de malheurs épouvantables et inexpliqués. Dieu avait misé sur son intégrité face au diable qui, alléguant le contraire, avait reçu de ce dernier, l’autorisation secrète d’accabler Job de malheurs. L’attitude de Job a donné raison à Dieu. « En tout cela, Job ne pécha point et n’attribua rien d’injuste à Dieu ». « En tout cela Job ne pécha point par ses lèvres » (Job 1.22 ; 2.10). Mais Job au plus fort de la souffrance devint très amer. S’en est suivi une série de plaintes et de contestations qu’on peut résumer ainsi de la bouche même du patriarche :  « Voici, qu’il me tue, je n’attendrai rien ; je veux seulement défendre ma conduite devant lui. » (Job 13.15) « Voici, j’ai préparé ma cause, je sais que j’ai raison. » (Job 13.17-18). « Oh  ! Qui me donnera quelqu’un qui m’écoute  ? Voici ma signature  ! Que le Tout-Puissant me réponde  ! » (Job 31.35). Et Dieu va lui répondre par des questions bien étranges. 

Qui est celui qui obscurcit mes desseins par des discours sans intelligence ? Ceins tes reins comme un vaillant homme ; Je t’interrogerai, et tu m’instruiras. Où étais-tu quand je fondais la terre ? Dis-le, si tu as de l’intelligence. Qui en a fixé les dimensions, le sais-tu ? Ou qui a étendu sur elle le cordeau ? Sur quoi ses bases sont-elles appuyées ? Ou qui en a posé la pierre angulaire ? (Job 38 .1-6) « As-tu compris l’étendue de la terre ? Parle, si tu sais toutes ces choses. » (Job 38.18). Imaginez-vous à la place de Job. Réfléchissons à nous-mêmes car Job vaut bien plus que nous à bien d’égards. Combien d’entre nous peuvent comparer leurs souffrances aux siennes ? Pourtant nous sommes encore plus impudents que lui face à Dieu. « Si Dieu est si juste et bon que ça, pourquoi donc la souffrance ? ». Il y en a même qui n’ayant pas la réponse à la question, s’imaginent anéantir Dieu par leur révolte et leur incrédulité, comme s’il suffisait de se déclarer athée pour que Dieu cesse d’être Dieu. Nul doute que si Job, homme pieux et juste en son temps, n’a pu soutenir la confrontation avec le Créateur, aucun homme ne le fera jamais. « Où étais-tu quand je fondais la terre ? ». Cette seule question suffit à mesurer l’écart entre Dieu et nous, entre l’infiniment grand et l’infiniment petit. Elle montre le ridicule et la vanité de nos mouvements de révolte et de contestation face au Créateur. C’est encore une faveur que Dieu a fait à Job en lui posant la question. C’en est une qu’Il nous fait en la consignant par écrit à notre intention. En effet, comme pour Job, elle ne vise pas à nous condamner mais à corriger la perception que nous avons de nous-mêmes et de Dieu. Dieu a tout fait seul, nous y compris, sans avoir besoin de qui que ce soit. Il nous a faits alors qu’il n’avait nul besoin de nous. Il a appelé à l’existence ce qui n’était pas, dont nous. Il est le Créateur. Nous sommes des créatures et c’est en soi un privilège. « Quand je contemple les cieux, ouvrage de tes mains, La lune et les étoiles que tu as créées :Qu’est-ce que l’homme, pour que tu te souviennes de lui ? Et le fils de l’homme, pour que tu prennes garde à lui ? » (Psaume 8.4-5). Ni nos sentiments, nos souffrances, ou nos raisonnements ne changeront rien à ce que Dieu est et à ce que nous sommes. Nous sommes heureux si nous le réalisons et l’acceptons comme d’humbles vases dans les mains du divin Potier. Ce fut l’expérience ultime de Job. 

Sois béni(e) abondamment !

Mardi, 22 avril 2025 — Freddy S.

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