« Shadrac, Meshac et Abed-Nego répondirent au roi : Nous n’avons pas besoin de te répondre là-dessus. »
Daniel 3.16
Le droit de non-réponse (II)
C’est bien joli d’encenser les discours d’apaisement, les propos joyeux et aimables, les paroles d’édification, utiles à l’âme, tout en fustigeant celles qui versent dans « les discussions folles, … les querelles, les disputes… » (Tite 3.9). Néanmoins, doit-on encore garder le silence lorsqu’on est piqué au vif, attaqué sans pitié, lorsque notre réputation est sérieusement écornée, ou lorsque l’on se fait mordre par des paroles assassines, véritables « venins mortels » ? (Jacques 3.8). Ne nous est-il pas reconnu par Dieu, une sorte de droit de réponse ? La Bible ne dit-elle pas : « Réponds au fou selon sa folie, de peur qu’il ne se croit sage » ? (Proverbes 26.5). Et puisque « l’Écriture ne peut être anéantie », comme le dit le Seigneur (Jean 10.35), cela signifie que non seulement nous pouvons répondre, mais que nous le devons, conformément à notre précédent texte. Il nous faut cependant bien comprendre ce que Salomon entendait par là, car il a dit ailleurs, un verset plus tôt de surcroît : « Ne réponds pas au fou selon sa folie, de peur que tu ne sois semblable à lui » (Proverbes 26.4). Ce qui n’est pas une grossière contradiction, mais une complémentarité subtile d’autant plus quand on admet avec l’Ecclésiaste qu’« Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux : (…) un temps pour se taire, et un temps pour parler » (Ecclésiaste 3.1,7). L’histoire de trois juifs déportés à Babylone, environ 605 ans avant Jésus-Christ, Shadrac, Meshac et Abed-Nego nous en donne une illustration frappante.
Le roi de Babylone, Nebucadnetsar, avait organisé une cérémonie d’envergure internationale. À l’honneur : « une statue d’or, haute de soixante coudées et large de six coudées », soit environ 26 à 31 mètres de haut, l’équivalent d’un immeuble de 8 à 10 étages (Daniel 3.1). Et le roi n’était pas un plaisantin s’essayant à quelque parodie de jeux olympiques pour marquer les esprits : c’était un idolâtre et un tyran particulièrement cruel. Il avait convoqué tout son royaume et donné cet ordre formel : au son de la musique, tous devaient se prosterner et adorer la statue qu’il avait dressée. « Quiconque ne se prosternera pas et n’adorera pas sera jeté à l’instant même au milieu d’une fournaise ardente » (Daniel 3.6). Lorsque la musique retentit, il se trouva, contre toute attente, trois Juifs qui ne plièrent pas le genou devant cette divinité de métal (v.12). Convoqués par le roi furieux, ils entendirent cette menace : « Maintenant, tenez-vous prêts ! Au moment où vous entendrez le son des instruments, vous vous prosternerez et vous adorerez la statue que j’ai faite. Si vous ne l’adorez pas, vous serez jetés à l’instant même dans la fournaise ardente. Et quel est le dieu qui vous délivrera de ma main ? » Et quelle fut leur réplique ? Une qui va rester dans les annales des répliques les plus épiques de la Bible, une qui devrait également retenir notre attention : Ils « répliquèrent : “Nous n’avons pas besoin de te répondre là-dessus.” » (Daniel 3.15-16).
La circonstance extrêmement tendue et dangereuse dans laquelle se trouvaient nos amis rend encore plus mémorable cette réponse au roi menaçant. Ils avaient compris une chose que nous, dans des situations beaucoup moins dramatiques, peinons à réaliser : nous n’avons pas toujours besoin de répondre. Face à la contrariété, la menace, l’invective, la raillerie, la calomnie, la médisance, la provocation ou la folie, notre réponse doit naître d’une paisible assurance : rien ne nous y oblige. Nous devons rester maîtres de nous-mêmes et prendre suffisamment du recul pour apprécier la circonstance et les propos de nos locuteurs afin d’y apporter la réponse la plus appropriée, celle de la sagesse face à la folie. Nous ne sommes pas obligés de nous prêter à des discussions folles, des querelles, des disputes, de vains débats. Nous n’avons pas besoin de prouver que notre point de vue est le bon, que la vérité est de notre côté. Notre réponse nous pouvons ne pas la donner et quand nous le faisons c’est d’une manière différente de ceux à qui nous répondons, dans le calme et la retenue. Ensuite nous devrions pouvoir nous arrêter parce qu’en fin de compte qu’y a-t-il de vraiment utile à garder le mot de la fin si le désaccord persiste, si le gouffre reste béant, si nous ne nous faisons pas comprendre et accepter, si nous ne parvenons pas à la paix et l’unité que nous désirons avec les autres ? Enfin, sachons parfois remplacer nos propos mesurés par le silence, après avoir suivi l’exemple de nos trois amis à Babylone. Marchons cette fois sur les traces de notre divin modèle qui, sur le point de mourir pour nous et comparaissant devant Pilate à cet effet, « ne lui donna de réponse sur aucune parole, ce qui étonna beaucoup le gouverneur » (Matthieu 27.14).
Le changement commence généralement par notre perception des choses. Quand le Seigneur transforme notre façon d’appréhender les situations, nous découvrons dans nos paroles, la liberté des enfants de Dieu, celle de répondre et de se taire en toute sagesse car ils savent qui ils sont et font confiance à leur Père pour les justifier et les défendre. Veux-tu en faire l’expérience ? Tourne-toi vers Jésus, la Parole faite chair, le Prince de paix, qui a promis « ne vous inquiétez ni de la manière dont vous parlerez ni de ce que vous direz ; ce que vous aurez à dire vous sera donné à l’heure même. Car ce n’est pas vous qui parlerez, c’est l’Esprit de votre Père qui parlera en vous » (Matthieu 10.19-20). « Mettez donc dans vos cœurs de ne pas préméditer votre défense ; car je vous donnerai une bouche et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront résister ni contredire » (Luc 21.14-15).
Sois abondamment béni(e) !
Mardi, 23 septembre 2025 — Freddy S.

