« Faites bon accueil à celui qui est faible dans la foi, sans discuter des opinions. Tel croit pouvoir manger de tout ; tel autre, qui est faible, ne mange que des légumes. Que celui qui mange ne méprise point celui qui ne mange pas, et que celui qui ne mange pas ne juge point celui qui mange, car Dieu lui a fait bon accueil. Qui es-tu, toi qui juges un serviteur d’autrui ? »
Romains 14.1-4
Légumes ou plus ?
Les différences sont généralement source de conflits qu’il s’agisse d’opinions, de cultures, de goûts, de couleurs, de caractère, de rang social, ou du niveau de vie. Les différends se multiplient et les tensions deviennent plus vives lorsque l’écart se creuse. On en vient parfois à des violences, à des guerres jusqu’à ce que, pendant un laps de temps, un camp ait l’avantage et parvienne à triompher de l’autre. Mais la domination est rarement totale. Le camp vaincu, s’il n’est anéanti, songe à se réorganiser pour mieux se défendre et reprendre le contrôle tandis que les vainqueurs, s’ils ne sont pas couchés sur leurs lauriers, cherchent à asseoir leur position. La résurgence des conflits est inévitable. Et si les sujets d’hier deviennent les nouveaux maîtres, ils ne feront pas mieux que leurs prédécesseurs. Le cycle se répète. « Ce qui a été, c’est ce qui sera, et ce qui s’est fait, c’est ce qui se fera ; il n’y a rien de nouveau sous le soleil. » (Ecclésiaste 1.9).
C’est l’histoire d’un monde sans Dieu, c’est l’histoire de l’homme livré à lui-même comme en témoignent les nombreuses guerres et révolutions qui la jalonnent, la colonisation et la ségrégation raciale encore ancrée dans la mémoire collective, la multitude des mouvements de lutte, de résistance et de contestation encore d’actualité, les génocides et partitions dans certains pays, les conflits intergénérationnels ainsi que les diverses querelles et controverses culturelles, littéraires et artistiques qui ont existé et qui persistent. « Les œuvres de la chair (l’homme sans Dieu) sont manifestes, ce sont …les inimitiés, les querelles, les jalousies, les animosités, les disputes, les divisions, les sectes… » (Galates 5.19-21). La différence en soi n’est pas mauvaise et dangereuse car Dieu a créé la variété, les espèces et les genres. Il encadre et veille sur chaque catégorie de personnes. Le problème réside dans le cœur humain qui fait de la différence un foyer de tensions, donnant ainsi libre cours à une haine gratuite et à une méchanceté naturelle. « Car c’est du dedans, c’est du cœur des hommes, que sortent les mauvaises pensées,…les meurtres,…la méchanceté,… l’envie… » (Marc 7.20-22). « Le cœur est tortueux par-dessus tout, et il est méchant : Qui peut le connaître ? » (Jérémie 17.9).
Tout peut servir de prétexte aux penchants bellicistes du cœur humain, y compris les aliments comme les légumes. Ceux-ci étaient devenus un sujet brûlant pour l’église à Rome du temps de Paul. Ils opposaient ceux qui, considérés comme faibles, étaient les végétariens de l’époque et ceux plus forts qui ne lésinaient pas sur une alimentation plus riche et variée. Aussi l’apôtre a-t-il traité la question dans le tout premier épître de la Bible. Il a fait remarquer deux tendances naturelles chez l’homme : L’homme méprise plus faible que lui lorsqu’il est avantagé par la différence. Dans le cas contraire, il fait un complexe d’infériorité et juge. « Comme c’est pitoyable ! Comment se fait-il que X soit encore piéton ? Qu’il ne se soit pas encore construit une maison ? Qu’à son âge, il ne soit pas encore marié ? Qu’il s’habille comme un gueux ? Qu’il ne mange que des légumes ? Comment peut-on vivre ainsi ? » Derrière de telles interrogations se cache parfois le dédain du fort pour ceux qui ne jouissent pas des mêmes atouts que lui. « Ce n’est pas juste ! Pourquoi Y et pas moi ? Qu’est ce qu’il a fait pour mériter ça ? Comment peut-il y prétendre ? Qu’a-t-il de plus que moi ? Pourquoi serait-il différent de moi ? Pourquoi mangerait-il de la viande quand moi je me nourris uniquement de légumes ? ». Telles sont les questions sentencieuses sous lesquelles le faible dissimule quelquefois son envie et sa jalousie.
Tous, nous avons déjà soit méprisé, soit jugé, les autres, tant sur des questions profondes que dans des discussions banales. La Bible nous parle à l’inverse de Celui qui, dans une position de force, n’a ni brisé « le roseau cassée », ni éteint « le lumignon qui fume », image des personnes blessées, affaiblies et découragées (Matthieu 12.20). C’est le même qui, maltraité dans sa faiblesse, « ne faisait pas de menaces, mais s’en remettait à celui qui juge justement. » (1 Pierre 2.23). Forts et faibles peuvent parfaitement s’identifier en Jésus et trouver en Lui un sens nouveau aux différences qui les opposent à tort. En Lui, les goûts et couleurs s’harmonisent, les cultures se rencontrent, les genres se complètent, les opinions ne se discutent plus ; il n’y a d’intolérance que pour le mépris, le jugement et la critique aisée contre l’autre ; la lutte des classes fait place à l’entraide, au partage et à la solidarité humaine. En Lui, Dieu nous a fait bon accueil. Il associe nos nuances, nos disparités et nos particularités dans une merveilleuse unité, « afin que tous soient un » (Jean 17.1), « parfaitement unis dans un même esprit et dans un même sentiment. » (1 Corinthiens 1.10). Cette unité est celle « de l’esprit par le lien de la paix. » (Éphésiens 4.3). Elle bannit les ferments de la discorde et du conflit que sont le mépris et le jugement, pour des questions secondaires, qui ne sont pas d’ordre moral, à l’instar de ce qui se trouve dans nos plats.
Avant de mépriser, souviens-toi de Celui qui ne t’a pas méprisé(e), alors que tu étais méprisable, comme moi ! Avant de juger, souviens-toi de Celui qui ne t’a pas jugé(e), alors que, comme moi, tu étais passible de jugement. Confie-Lui tes forces et tes faiblesses, afin qu’Il t’apprenne à faire bon accueil aux autres, comme Lui-même t’a fait bon accueil.
Sois béni(e) abondamment !
Jeudi, 27 mars 2025 — Freddy S.

