« Mais tout cela n’est d’aucun prix pour moi aussi longtemps que je verrai Mardochée, le Juif, assis à la porte du roi. »

Esther 5.13

Ce bon vieux Haman, quand il était beaucoup plus jeune, rêvait de devenir prince. Il était peut-être fier des parents qu’il avait, fier d’être le fils de Hammedatha, fier d’être un Agaguite, issu du peuple des amalécites, fier d’être un sang pur. Mais c’était sans commune mesure avec la joie qu’il ressentirait lorsqu’il accéderait à une position d’influence dans ce vaste et puissant Empire médo-perse. À vrai dire, rien d’autre n’avait de prix à ses yeux. Après tout, les amalécites, c’était du passé ; ceux qui dominaient, c’étaient les Perses. Haman n’avait que faire de ses origines. Ce n’était pas avec cela qu’il allait gravir les échelons, une fois introduit dans l’administration après une heureuse sélection et une brillante formation. Puis ses aspirations ont commencé à se concrétiser à force d’habileté, de détermination et de sacrifice. Enfin, il avait trouvé un poste dans la fonction publique. Il avait désormais un salaire et, avec ses avantages de service, il pouvait largement subvenir à ses besoins. C’était plutôt un bon début de carrière qui s’annonçait. Malheureusement, il avait remarqué une chose : à ces grands banquets organisés par le roi et la reine, les princes y allaient avec leurs épouses, mais lui, Haman, était encore célibataire. Il lui fallait une femme et des enfants. Sa carrière pouvait attendre. À quoi bon continuer sans un foyer, si l’on n’est même pas chef de sa propre famille ? À quoi bon avoir une maison si elle n’abrite pas un ménage dont il serait le chef ?

Haman avait déjà le job. Il avait aussi réussi à tisser des liens : lui, un amalécite un peu à l’étroit dans cette société, avait réussi à s’y intégrer, à s’y faire une place et des amis. On aurait presque cru qu’il était né perse. Il s’était constitué un bel entourage sur lequel il pourrait compter. Mais aucun lien n’était comparable à celui qu’il souhaitait nouer avec une épouse. Une femme en particulier retenait toute son attention : Zéresch. Il en était tombé amoureux et rien d’autre n’avait de prix à ses yeux que d’en faire sa femme. Heureusement pour lui, Zéresch était de cet avis. Une fois mariés, Haman a commencé à songer à autre chose : il n’était pas issu d’un peuple resté aussi nombreux que les Juifs, qu’il détestait d’ailleurs en raison de vieilles rancunes héritées de l’histoire. Il lui fallait une grande descendance. La valeur de Zéresch ne tenait plus qu’à cela dès ce moment-là. Elle devait lui donner beaucoup d’enfants. Le temps a passé. Haman était désormais un homme mieux considéré. Sa maisonnée s’était suffisamment étendue pour qu’il se concentre sur une nouvelle étape de sa vie : l’évolution de sa carrière. Il gagnait déjà suffisamment sa vie. Il pouvait s’occuper des siens sans la moindre difficulté. Mais ce n’était pas assez. Devenir un homme de pouvoir avait toujours été son ambition.

Il avait beau enchaîner les postes de responsabilité — officier, conseiller, gestionnaire de la Cour, il n’était toujours pas satisfait. Il devenait certes de plus en plus influent, mais il y avait toujours plus élevé en dignité que lui. Puis vint le moment où il touchait presque au but. Le roi l’avait fait passer de haut responsable administratif à prince. Il pouvait lire l’admiration dans les yeux de ses amis, dont le cercle s’était élargi, de son épouse, de ses enfants, des Perses, des peuples, voire de la quasi-totalité des sujets de l’Empire. Mais notre Haman avait les yeux plus gros que le ventre. À peine son rêve s’était réalisé, à peine avait-il cessé de s’en féliciter qu’une autre ambition avait jailli de son cœur : il n’était pas encore au sommet. Il n’était pas le seul prince. Ses homologues lui faisaient encore de l’ombre. Pourquoi devait-il se contenter de moins quand il pouvait faire plus ? Jusque-là, il avait eu raison de rêver toujours plus haut. Alors pourquoi s’arrêter ? 

À ce stade de notre récit, quel regard portons-nous sur le personnage de Haman ? Avant de le juger, demandons-nous comment  notre société juge les personnes sans la moindre ambition, sans grandes réalisations ? Et si nous sommes tentés de blâmer cette dernière pour un tel jugement, réfléchissons aux désirs et aux ambitions de notre propre cœur. Dans quel sens s’orientent-ils ?

Sois abondamment béni(e) !

Lundi, 05 Janvier 2026 —Freddy S.

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