« Tu as pitié du ricin qui ne t’a coûté aucune peine et que tu n’as pas vu croître, qui est né dans une nuit et a péri dans une nuit. Et moi, je n’aurai pas pitié de Ninive… »

Jonas 4.10-11

Le texte du jour résume l’essentiel de l’histoire du prophète Jonas. Envoyé par Dieu pour transmettre un message de repentance au peuple de Ninive, Jonas se montre réticent à obéir. Non pas par peur, mais parce qu’il est profondément troublé par la grâce divine. Il connaît le caractère compatissant et lent à la colère de Dieu, et il ne comprend pas pourquoi celui-ci offrirait une telle opportunité de salut à une ville aussi corrompue. Aux yeux de Jonas, les Ninivites ne méritent pas le pardon. Pourtant, c’est précisément ce scandale de la grâce, cette magnanimité divine qui dépasse la justice humaine, que Dieu veut révéler : « aucun pécheur n’est trop loin pour être atteint par sa miséricorde ».

Face à la réussite de sa mission à Ninive, bien qu’il y fût opposé au départ, Jonas reste amer devant la compassion divine envers des pécheurs qu’il aurait préféré voir être jugés. Pour lui enseigner une leçon sur l’importance de la miséricorde, l’Éternel fait pousser un ricin, offrant à Jonas une ombre bienvenue sous laquelle se reposer paisiblement. Mais le lendemain, Dieu fait sécher la plante, provoquant la colère du prophète. Irrité de la perte de ce simple arbuste qu’il n’avait ni planté ni entretenu, Jonas exprime son mécontentement. C’est alors que Dieu le confronte : « si tu peux t’attacher à un arbre éphémère que tu n’as pas cultivé, à combien plus forte raison aurais-je compassion d’une grande ville remplie d’âmes ignorantes du bien et du mal ? » Par cette image, Dieu révèle à Jonas – et à nous – que sa miséricorde dépasse nos limites humaines, qu’elle embrasse même ceux que nous jugeons indignes, car chaque vie a du prix à ses yeux. « Car il dit à Moïse : Je ferai miséricorde à qui je fais miséricorde, et j’aurai compassion de qui j’ai compassion. » (Romains 9.15).

L’histoire de Jonas peut sembler saugrenue, presque caricaturale, avec ce prophète en fuite, ce grand poisson, et ce ricin éphémère. Pourtant, elle met le doigt sur une réalité troublante et universelle : celle de notre tendance, même en tant que chrétiens, à vouloir retenir pour nous seuls la grâce reçue. Comme Jonas, nous pouvons développer ce réflexe humain – parfois inconscient – de vouloir être les seuls à « mériter » le pardon, l’appel, la bénédiction. Nous cherchons à être vus comme les piliers indispensables de nos communautés, oubliant que la grâce n’est jamais une récompense, mais un don gratuit. Et lorsque Dieu étend cette même grâce à ceux que nous jugeons moins dignes ou moins « spirituels », notre cœur peut s’irriter, révélant que nous n’avons pas encore pleinement saisi l’amour inconditionnel du Père. 

Le récit de Jonas est donc une mise en garde douce mais ferme contre nos attitudes indélicates, lorsque, dans notre orgueil ou notre incompréhension, nous cherchons à nous substituer à Dieu plutôt que de nous soumettre à son appel. Il nous rappelle que Dieu demeure souverain dans sa grâce, libre d’être aussi bon qu’il le veut, même – et surtout – envers ceux que nous aurions exclus, oubliés ou jugés indignes.

Sois abondamment béni(e) !

Vendredi, 10 octobre 2025 — Fabrice K.

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