«Les filles de Tselophkad, fils de Hépher, fils de Galaad, fils de Makir, fils de Manassé, des familles de Manassé, fils de Joseph, et dont les noms étaient Machla, Noa, Hogla, Milca et Thirsta, s’approchèrent et se présentèrent devant Moïse, devant le sacrificateur Éléazar, et devant les princes et toute l’assemblée, à l’entrée de la tente d’assignation. Elles dirent … »

Nombres 27.1-2

Quand je me suis mis en tête de découvrir l’identité des femmes marquantes, considérées comme des pionnières dans l’histoire écrite et moderne des droits et de l’émancipation des femmes, deux noms ont émergé : Christine de Pizan (1364 – 1430), la toute première femme penseuse sur le sujet et Olympe de Gouges (1748 – 1793), la toute première militante politique moderne. Deux noms qui m’étaient complètement inconnus jusqu’alors, mais dont l’histoire est riche de pépites d’or, de détails croustillants et accrocheurs qui marquent profondément. Christine de Pizan, née à Venise mais installée à la cour du roi de France (Charles V), est devenue veuve très jeune. À une époque où les femmes étaient surtout exclues de la vie intellectuelle, elle décida de vivre de sa plume pour nourrir ses enfants et sa mère. Elle écrit alors La Cité des Dames (1405). Dans ce livre, elle construit une cité symbolique peuplée uniquement d’illustres femmes (reines, savantes, saintes, guerrières). Elle y démontre que les femmes sont capables de raison, de vertu et de grandeur, contrairement aux préjugés misogynes dominants. Se révélant être la première femme en Europe à vivre de son travail intellectuel, sans revendiquer une révolution sociale, elle a clairement posé les bases d’une pensée qui valorise la dignité et l’intelligence des femmes.

Quant à Olympe de Gouges, née à Montauban, elle fut une femme de lettres et militante pendant la Révolution française. Dans la société révolutionnaire, les droits de l’Homme furent proclamés (1789), mais restèrent réservés aux hommes. Les femmes étaient exclues de la citoyenneté politique. Olympe s’est engagée à lutter contre cette exclusion. Son engagement a pris la forme d’une œuvre : la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (1791), inspirée de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (1789) et où elle affirme l’égalité totale entre les sexes. Elle proclame : « La femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits ». Accusée d’opposition au régime de Robespierre, elle mourut en martyre.

Aussi palpitants que soient de tels récits, ma plus grande surprise fut de voir citées au dessus de ces deux femmes, en tête de liste des éléments de recherches, les filles de Tselophkad, dans la Bible et la tradition ancienne, comme les figures symboliques et spirituelles anciennes qui ont, par leurs vies ou leurs actes, incarné une avancée pour les femmes, même sans discours théorique. Ce qui en soi n’est pas si étonnant que ça car dès ses premières pages, la Bible pose l’égalité fondamentale des sexes  : la femme, comme l’homme, porte l’image de Dieu. Ainsi la première dignité des femmes vient de la création : « Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu ; il créa l’homme et la femme » (Genèse 1.27).

L’ordre instauré qui donne la priorité de la succession aux fils, dans l’optique de perpétuer l’héritage des pères, ne s’opposait nullement à cette égalité des sexes. Et nos cinq héroïnes l’avaient bien compris. Aussi ne se sont-elles pas lancées dans une lutte contre un système de règles en place, ni dans une guerre de sexes tout azimut. Elles se sont engagées pour une cause plus grande que leur condition : « Pourquoi le nom de notre père serait-il retranché du milieu de sa famille, parce qu’il n’avait point eu de fils ? (Nombres 27.4). Elles avaient saisi l’esprit de la loi de Dieu avec une intelligence remarquable. Elles connaissaient suffisamment Dieu pour savoir qu’Il « ne fait point acception de personnes » (Romains 2.11), que ses décrets ne sont jamais arbitraires, et que si l’héritage passait normalement par les hommes, ce n’était pas parce qu’ils valaient mieux qu’elles, mais parce que tel était le choix souverain du Législateur qui « n’est pas un Dieu de désordre, mais de paix » (1 Corinthiens 14.33). De cette connaissance de Dieu et de l’expérience vécue avec Lui, elles ont puisé une témérité admirable. Elles n’ont pas élevé une contestation, mais introduit une demande légitime auprès de Moïse, devant toute l’assemblée. Ce n’était pas un jeu d’enfant que d’affronter le regard de tous. Mais elles savaient qu’elles pouvaient s’en remettre, par Moïse, à un Dieu juste et fidèle, qui ne fait pas de favoritisme. Le résultat fut éclatant : elles ont relevé le nom de leur père tout en se distinguant de lui comme de leurs contemporains par leur acuité et perspicacité d’esprit, leur sens du devoir et de l’honneur, l’audace de leur foi dans les précieuses promesses de Dieu, sa justice impartiale, la sagesse de ses décisions et sa miséricorde sans borne. Et Dieu Lui-même scella leur victoire par cette parole : « Les filles de Tselophkad ont raison » (Nombres 27.7). Dieu peut-il en dire autant de nos initiatives ? De nos prises de risques ? De nos prises de position ? De nos demandes ? De nos engagements ? De nos entreprises ? 

Sois abondamment béni(e) !

Mercredi, 01 octobre 2025 — Freddy S.

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